A Montpellier, les inondations font le succès de Mayane

Des enfants de CM1 sont regroupés autour d’une maquette du bassin du Lez, un petit fleuve qui a déjà plusieurs fois généré des inondations catastrophiques dans leur ville, Lattes, au sud de Montpellier. Tous les enfants coiffent la casquette du maire de la ville, ils l’urbanisent, construisent routes et maisons, placent leur école et la caserne des pompiers.
L’animateur, qui prend le rôle du préfet, lance l’alerte. «On passe en vigilance orange.» Que faire? Grande réflexion des enfants. «Je sonne l’alarme», répond monsieur le maire, «J’évacue les gens», propose un autre. On simule alors l’inondation et on observe les dégâts. L’animateur les emmène ensuite autour de leur école. Il leur montre jusqu’où l’eau peut monter, les informe sur les gestes qui sauvent…

Cette activité est proposée par Mayane, une entreprise sociale, créée par une hydrologue, qui forme les décideurs à la gestion du risque, aide les communes à gérer les crises et sensibilise les enfants à cet enjeu de société. Cette formation au risque inondation connaît un succès sans précédent dans le sud de la France. En quatre ans, l’équipe Mayane a rencontré plus de 20000 enfants, soit plus de 700 classes. Et les maires en redemandent. En 2013, dans les Pyrénées, les inondations ont fait entre 300 et 350millions d’euros de dégâts, selon la Fédération française des sociétés d’assurances.
Le maire de Lattes, Cyril Meunier, est enthousiaste: «L’enfant est le meilleur cheval de Troie pour informer sa famille. Les inondations, c’est un sujet de grand. Si vous expliquez clairement les choses à un enfant, il rentre chez lui et il en sait plus que ses parents le soir, à la table du dîner! Du coup, c’est lui qui sensibilise les adultes.»

A l’origine de cette aventure, une hydrologue, docteure de l’Ecole des mines de Paris, Emma Haziza, experte du risque inondation. Sa thèse sur « La gestion du risque inondation», validée en 2007 par un jury interdisciplinaire, établit des liens entre deux mondes qui se connaissent peu: ceux qui étudient les risques et ceux qui les vivent et les gèrent.

 

Formations à tour de bras

Un an plus tard, Emma Haziza crée sa société, Mayane, qui propose ingénierie et expertise, et s’impose vite auprès des villes qui mettent en place leur plan communal de sauvegarde. Une chose en entraînant une autre, la jeune dirigeante a des demandes pour former les acteurs confrontés au risque inondation: préfets, maires, chercheurs, etc. Puis, pour développer la sensibilisation au risque en milieu scolaire. C’était il y a trois ans.

«J’ai créé quatre pôles, explique-t-elle, ingénierie, formation et conseil, communication scientifique, et un quatrième pôle, pédagogie, porté par une association loi 1901, animée par un ensemble de chercheurs.»

Le tout représente maintenant une vingtaine de salariés. Le pôle pédagogie s’est vite développé. Emma Haziza a ensuite créé les outils didactiques adaptés à tous les niveaux scolaires: des maquettes de bassins versants, des livrets et des films pédagogiques, réalisés par une équipe comprenant ingénieurs, pédagogues et designers graphiques. Plus original encore, Emma Haziza recrute certes des hydrologues… Mais si, en plus, ils ont déjà travaillé avec les enfants, elle apprécie: ingénieur et pédagogue, les deux sont aussi importants à ses yeux.

Anne Devailly

 

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